Profession : vigneron. Nationalité : japonaise !

20190322_161952À 64 ans, Jyozo Aruga, demeure ancré dans les racines de ses ancêtres. En 1937, son grand-père cultivait du coton pour fabriquer de la soie. Une génération plus tard, son père plantait des oranges et des citrons pour en extraire du jus, lui, a décidé de produire du raisin ! 3e génération vivant dans la ville de Katsunuma, au Japon, près du Mont Fuji, Monsieur Aruga cultive près de 5 hectares de vignes principalement du cépage blanc autochtone « 70 % de mes vignes sont du koshu, c’est un cépage très adapté aux fortes pluies et aux grosses chaleurs que nous connaissons dans la région ». Au centre d’un vignoble de 2000 hectares, à 150 km de Tokyo, on connaît le raisin depuis plus de 1300 ans. Venu du Caucase, il aurait suivi la route de la soie avant d’atteindre le Japon, en même temps que le bouddhisme. « Selon la légende, un moine nommé Gyoki eut la vision de Yakushi Nyorai (Bouddha de la Médecine) tenant une grappe dans ses mains. Suite à cet épisode, Gyoki construit le temple Daizenji dans notre ville et commence à cultiver le fruit à des fins médicinales. »

Entre 1877 et 1879, le gouvernement japonais envoie deux jeunes habitants de Katsunuma : Takano Masanori, 25 ans, et Tsuchiya Ryuken, 19 ans en Champagne et en Bourgogne pour étudier la langue, les vignes, et les secrets de fabrication du vin. Au bout de deux ans, ils rapportent dans leur village le savoir-faire français. Malgré ses efforts, jusqu’aux années 1950, le vin reste une boisson de pauvre et donc peu rentable à produire. On en boit à défaut de pouvoir s’offrir du saké ou de la bière, qui représente encore à elle seule, 75 % de la consommation d’alcool du pays.

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Si Jyozo a commencé à faire du vin, c’est surtout pour faire plaisir à sa grand-mère, amatrice et friande de bonnes bouteilles, mais ignorant tout de sa fabrication. À la base, le koshu de la région se servait à table. Il a fallu l’adapter, le cultiver et le transformer en nectar convenable. Aujourd’hui, la Katsunuma Jyozo Winery emploie 25 salariés, produit plus de 450 000 bouteilles annuellement dont seulement 1% est exporté vers la France, les Etats-Unis, l’Angleterre, et Taiwan. « Mon but, aujourd’hui, est de produire un vin international, qui pourrait plaire aux palais de l’Ancien Monde, plus standard que ce que nous consommons au Japon. En 2003, nous avons proposé à un concours international notre « Aruga Branca Pipa » 1999. Ce vin blanc sec, 100% koshu, léger, très aromatique, élégant, est surtout non chaptalisé contrairement à nos autres cuvées. Avec, nous avons remporté la médaille d’argent. L’année d’après, nous avons présenté le millésime 2000, à ce même concours, et avons de nouveau remporté une médaille d’argent. Depuis, nous avons gagné en confiance et envisageons de la proposer au monde entier. ».

 

Alors que les autres vignerons de la région utilisent de plus en plus le palissage vertical comme en Europe. Monsieur Aruga reste un des seuls, à conduire ses vignes en treillis suspendus appelé « tanashiki-saibai». Une méthode datant de la période Edo (1603-1867), qui consiste à fixer une ou deux longues branches étendues sur une pergola pour lutter contre l’humidité très élevée et ombrager les baies durant les fortes chaleurs estivales. Katsunuma se trouve dans un bassin entouré de montagne protégeant les raisins du vent. Il y neige peu contrairement à Tokyo distant pourtant de quelques kilomètres. Ce microclimat a fertilisé une terre où tout y pousse ou presque ! « Dans les années 90, nous avons tenté de planter du cabernet sauvignon, et du chardonnay, mais l’humidité trop importante a rendu la tâche très difficile. Nous restons donc raisonnables en nous limitant au koshu et au muscat bailey A. En France, vous avez la notion de terroir, que nous ne connaissons pas du tout et que nous commençons à peine à apprendre. Malgré tout, afin de respecter une certaine tradition, nos outils au chai et à la cave viennent d’Europe » Sur le territoire, pas de tonnellerie, les 300 barriques et fûts de la Winerie viennent de France. La cuverie est italienne, les bouchons espagnols et les étiquettes crées par un artiste japonais qui vit au Portugal. « C’est dire si l’Europe à une influence considérable sur nos vins de manière générale. Personnellement je suis un amoureux des pinots noirs français de Montrachet et des merlots de Petrus, mais ici, c’est impossible d’en faire pousser. Je souhaite respecter ce que la terre m’apporte. Elle nous donne beaucoup. C’est pourquoi, pour la remercier, nous contribuons à respecter l’harmonie entre la nature, et nous, les hommes. »

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