L’émergence des vins du nouveau monde

La France a connu l’une de ses meilleures années au « Decanter World Wine Awards » 2017. C’est le concours de vin le plus important au monde dû à son processus de sélection très rigoureux. La France y a remporté huit des plus beaux 34 trophées de la compétition, cinq de plus que n’importe quel autre pays et couvrant même les nectars de Provence. Le vin, est le deuxième secteur à l’exportation après l’aéronautique, avec près de 10,4 milliards d’euros en 2016.

Mais les modes de consommation changent. Fut un temps ou le consommateur se voulait chic, initié, pointilleux, achetant des vins plutôt haut de gamme dans des circuits confidentiels. Aujourd’hui, la tendance se veut plus jeune et cherche désormais à consommer, plutôt pour le plaisir, à des plus petits prix plus. Cette évolution a dopé le développement des vins du Nouveau Monde, plutôt amatrice de marques et sensible aux appellations d’origine. Malheureusement cette nouvelle émergence a pour conséquence une dégradation des ventes des vins purement français. D’autant que par son histoire et sa structure (climat, coûts de production, AOC/AOP), elle ne sera jamais aussi efficace d’un point de vue industriel que les nouveaux pays producteurs.

Deux exemples, les vins Australiens, et les vins Argentins.

carte-australieCinquième exportatrice mondiale de vin, cette industrie dans son ensemble, représente la première activité agricole australienne avec plus de 2 500 wineries.  Produits dans des régions climatiquement chaudes, les vins Australiens, mettent en avant une grande maturité gustative grâce des arômes de fruits murs, de notes souvent épicées et gourmandes. Répartis sur 60 régions viticoles et 100 cépages différents avec tout de même un syrah mis très en valeur: « la production australienne 2017 atteint le niveau soutenu de 13,9 Miohl, soit +6% par rapport à 2016. Pour la troisième année consécutive, la production a augmenté » selon l’Organisation International de la Vigne et du Vin (OIV).

Ils ont même inventé un terme : les « flying winemakers », traduit par : « des œnologues consultants volant de domaines en domaines, d’exigences en exigences ».

4 grosses compagnies monopolisent 85% du marché. Si on ajoute les dix grands groupes industriels qui suivent, on arrive à 95 % du marché, 1 400 autres wineries se partageant les 5 % restants. La production est très industrialisée : la notion de cru est moins importante que la notion de marque, enfin la baisse du coût du fret maritime et la rapidité des transports permettent d’exporter dans de bonnes conditions.

L’Australie mise sur des investissements puissants, des grandes firmes, des innovations technologiques, et aussi beaucoup de concours internes liés au vin, afin de lui donner ses lettres de noblesses.  Pour exemple si la France reste de loin le premier fournisseur de vins en Chine, l’Australie y fait une percée sans précédent. « Fini le temps où les consommateurs associaient systématiquement haut de gamme et vins français. Aujourd`hui, ils apprennent à reconnaître la variété et les qualités de nos vins. Quant aux Etats-Unis, notre changement de stratégie s`est révélé gagnant. Au lieu de continuer à suivre une logique tarifaire et une politique des volumes, on a tablé sur la montée en gamme » explique le président de la Fédération des vignerons australiens.

Niveau œnotourisme, le pays table aussi sur une large gamme d’hôtels, de dégustations en winerie, de visites de vignobles, ce qui en France est encore en développement. Selon un sondage gouvernemental, un million de touristes étrangers ont visité un vignoble australien durant les années 2016 et 2017, soit 13% du nombre total des voyageurs et 37% de plus qu`en 2015.
Le gouvernement fédéral Australien, a même annoncé, il y a quelques mois, un plan d’investissement dans le secteur vinicole de 50 millions de dollars (+ de 33 millions d’euros) sur trois ans, répartis entre aide à l’export et développement de l’œnotourisme.

Mais, si la priorité est donnée à la marque, la recherche de qualité des vins n’a pas été rejetée pour autant. Au contraire ! Taylors Wines, dont le domaine est situé dans la région viticole Clare Valley au sud de l’île, a reçu, cette année, le prix du meilleur vignoble, selon le classement mondial de vins et spiritueux (Wine Writers and Journalists – Association de la presse viticole). Le nectar, élu meilleur vin du monde, est un shiraz vendu à 20 dollars australien la bouteille. L’équivalent d’environ 13€. C’est dire si ce nectar hors norme reste financièrement très abordable. N’oublions pas que le vin est un produit alimentaire comme un autre et est soumis à très peu de règles. La souplesse de la législation locale est aussi une des raisons pour lesquelles les marques de vins australiens sont si dynamiques et gagnent des parts de marché en interne et à l’export. Selon Laurens Delpech, auteur du livre « Des truffes et du vin » : « L’Australie ne possède pas un système d’appellation comparable à celui de la France et ne souhaite d’ailleurs pas en posséder un, car il serait considéré comme un frein à l’innovation et à l’expérimentation. Toutefois, depuis 1994 (date des accords avec l’Union européenne) il y a un début de classement. Près de 70 appellations régionales ont été approuvées par le Geographical Indications Committee. Il s’agit uniquement d’attester d’une origine géographique, sans règle particulière concernant les cépages ou les rendements. Les vins australiens sont avant tout nommés par leur cépage. Le chardonnay est le cépage blanc le plus répandu, avec le sémillon, le riesling et le sauvignon. ».  

Certains négociants français ont même tenté l’aventure de s’implanter là-bas avec une belle réussite, comme celle de Chapoutier depuis 1997. Le développement le plus important du vin australien est l’oeuvre de l’entreprise française Pernod Ricard avec la marque Jacob’s Creek. Une fierté nationale partagés avec celui d’un des meilleurs domaines australiens, Cape Mentelle, détenu par LVMH.

zoomvinsargchi_high

                      C’est incontestablement le pays d’Amérique du sud le plus ancré dans la tradition viticole, due en partie à son passé Espagnol. Longtemps orientée vers la quantité, l’Argentine, s’affine, et souhaite concurrencer ces vins voisins plus connus. Au Decanter World Wine Awards 2017, l’Amérique du Sud a connu une belle année, avec trois prix Platinum Best in Show pour l’Argentine, un pour le Chili et deux pour l’Uruguay.

« L’Argentine enregistre en 2017 une hausse de sa production avec 11,8 Miohl vinifiés (25% par rapport à 2016), après une récolte l’année précédente parmi les plus faible de ces dernières années. » détaille l’OIV.  Aujourd’hui, l’Argentine est devenue le 5ème producteur de vin mondial avec une vraie mise en valeur du cépage rouge emblématique, le Malbec et le 10e au rang des exportateurs : « 40% des vins exportés par l’Argentine sont des malbec » selon Mario Giordano, gérant de Wines of Argentina.

Il existe quatre zones principales de production tout au long de la Cordillère des Andes qui représentent plus de 210 000 hectares de vignobles : Mendoza (70%) zone principale, San Juan (22%), La Rioja (3%), Rio Negro (3%) et Salta (1%). « Des sols de haute qualité irrigués par des eaux cristallines et fraîches provenant des montagnes enneigées, des journées ensoleillées et un climat sec sont des conditions agro écologiques idéales pour la production de vin » explique ProsperAr. L’Argentine offre de très fertiles ressources naturelles pour produire des vins haut de gamme à prix intéressant. Mais elle fournit aussi, en local, énormément en vin dit de messe, pour les églises. Le coût de la production étant relativement bas en comparaison avec les marchés traditionnels comme l’Italie, la France et l’Espagne. Le prix des terres coûte de 5 à 20% moins cher que celles de la Nappa Valley aux USA ou de Bordeaux en France, et est aussi, moins élevé que son voisin direct le Chili. Cet avantage permet à l’Argentine de satisfaire la demande internationale des consommateurs à la recherche, plus que jamais, de qualité à prix raisonnable.

La région de Mendoza accueille plus de 1 million de touristes chaque année, elle fait, à ce titre, partie des capitales mondiales du tourisme viticole. C’est la plus longue route des vins du monde, où il est possible de parcourir 2000kms sans même quitter les vignes des yeux.  Contrairement à des pays européens où l’utilisation de certains cépages est défendue par la loi, en Argentine, planter, développer, modifier les vignobles ainsi que les règles de vendange et de commercialisation du raisin et du vin ne sont pas régulées. Les producteurs Argentins peuvent planter ou produire le raisin et le vin de leur choix, expérimenter différents coupages, irriguer les vignobles et choisir leur date de vendange. Certains, en France, aimeraient concurrencer les vins du nouveau monde en assouplissant les règles qui ont fait la réputation des vins de terroirs de notre pays, quitte à perdre le bénéfice de l’image de marque qui risque de s’éroder. Le souhait de contraindre les autres pays à jouer avec leurs règles du jeu, pour pouvoir rester en tête des ventes n’est pas facile à gagner. « L’histoire de la politique agricole française depuis 1945 montre qu‘on ne revient jamais sur un avantage acquis, donc un chemin obligé sera de différencier vers le haut. C’est le pragmatisme de René Renou (ancien président de la commission vin de l’INAO)  avec sa proposition d’AOC et AOC d’Excellence : pas idéal pour le consommateur, mais c’est probablement une des seules voies « possibles » pour faire avancer les choses. » démontre Alain Marty auteur de « Ils vont tuer le vin français »

« Le meilleur vin français est fait en France, c’est tout ce dont on est sûr aujourd’hui ! » selon Alain Marty. Of course ! Mais le risque reste tout de même, que les vins du Nouveau Monde occupent progressivement l’ensemble des créneaux et chassent les vins hexagonaux des rayons des distributeurs.

nouveaumonde-compressor
photo Les Grappes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s